C'est quoi ce bazar ?

03 février 2016

L'Arbre du Pays Toraja

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Chez les Toraja en Indonésie, la mort occupe une place centrale dans l'existence et les rites funéraires sont fondamentaux. Ainsi, entre les racines de l'arbre du Toraja, on dépose le corps des bébés mort-nés, pour qu'elles se referment sur eux et les élèvent jusqu'au ciel. Lorsque le narrateur, scénariste et cinéaste (double de l'écrivain) revient de son voyage en Indonésie avec plein de questionnements sur la place que l'on accorde à la mort dans notre propre société - vivrait-on mieux en l'intégrant mieux ? -, il est confronté à la nouvelle de la maladie de son meilleur ami, Eugène.

Le mal d'Eugène fait alors remonter à la surface tous les disparus (que ce soient des compagnons d'escalade ou une petite fille mort-née), et au lieu de combattre cette impression d'être cerné par la mort, incite notre narrateur à entamer une réflexion, presqu'une enquête sur le rapport au corps, à la maladie, au vieillissement. Et c'est d'une évidence et d'une luminosité à serrer la gorge, à donner envie de relire encore et encore certaines pages. Que signifie être vivant ? Tandis qu'Eugène meurt, la vie doit continuer, autrement mais elle doit continuer, avec la pleine conscience de sa fragilité, alors même que notre scénariste est lui-même à mi parcours de sa vie, entre un amour qui finit et un amour qui commence, en plus d'un projet de film (oh les anecdotes sur son métier, ah cette scène délicieuse où il rencontre Michel Piccoli), que tout reste encore à venir et à construire.

Au-delà de cette méditation, c'est aussi un texte fort et remarquable sur l'amitié, celle qui est évidente, celle qui se passe de mots, et par ce texte c'est comme s'il poursuivait une conversation interrompue avec Eugène, lui construisait un mausolée, un nouvel arbre du Toraja dédié à l'ami qui est parti.

 

On ne sait jamais vraiment ce que nous sommes pour les autres et je dois à des désillusions de cette nature quelques-uns de mes plus vifs chagrins.

Les mots ne me viennent plus aisément dans une conversation comme lorsque j'étais adolescent. Ce n'est pas pour rien que je leur préfère les images, qui ont l'avantage d'être incertaines et rêveuses, et d'offrir à celui qui les conçoit comme à celui qui les reçoit la possibilité de les habiter à sa guise.

 

{L'Arbre du Pays Toraja, Philippe CLAUDEL, Stock}

 

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02 février 2016

La pause

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Il est à peu près 10h45, je fais un crochet par la boulangerie avant de rentrer chez moi. Pain pour midi, croissant pour ici. Comme souvent à cette heure-ci il y a foule, je me faufile dans un recoin de la boutique pour pas rester dehors et éviter d'actionner la porte automatique.
Le boulanger est au téléphone en train d'essayer de placer deux mots - "Non mais madame je peux pas vous garantir que... non c'est pas ça... non madame, évidemment que le pain est frais mais... non je peux pas vous garantir que le pain sera encore chaud quand vous viendrez l'acheter Madame...". Devant moi un vieux monsieur commence à grogner. "Bon écoutez Madame je peux pas discuter longtemps, j'ai du monde, au revoir madame... oui c'est ça à tout à l'heure Madame." Calme mais sec. Il sert les dix baguettes d'une petite dame puis "Et pour vous ?"
"Heuuu oui alors on est tous les 4 heuuu..."
Je me penche un peu pour regarder les quatre en question : de grands gaillards aussi hauts que larges qui remplissent quasiment toute la boulangerie. Jeunes, plutôt pas mal (ben quoi ?? j'admire la nature...). Le même blouson gris. Réflexe pavlovien de banlieusarde : la team "contrôleurs de bus".

"Alors on va vous prendre des viennoiseries : deux pains au chocolat, un pain au lait, un croissant... et puis un-café-s'il-vous-plait."
Une toute petite voix : "Et un palmier aussi."
Un autre : "Ah non attendez, trois pains plutôt."
- Trois pains comment ?
- Ben au chocolat.
Le boulanger considère ses sachets déjà remplis, fait demi tour et recommence.
- Et-un-café-s'il-vous-plait.
- Avec du sucre ?
Le premier se retourne vers le 2e qui se retourne vers le 3e qui demande au 4e : "Il faut du sucre ou pas ?". Moue "qu'est-ce que j'en sais ?"
Nouveau conciliabule. "Une Oasis tropical aussi. - Y a plus. Que du normal." Le 1er se retourne vers le deuxième qui se retourne vers le 3ème "Du normal ça te va ?". Consternation du 3ème. Rupture de Tropical. VDM.

Derrière moi la file s'est allongée et va bien au delà dans la rue. Que des petits vieux (et la fille qui sort de chez son psy) pressés qui râlent et tapent dans leurs mains pour se réchauffer. Je m'amuse franchement et j'attends la suite.
"-Ah oui mais attendez on paye pas en même temps !
- Ah." Flegmatique, le boulanger considère une seconde son ticket de caisse amoureusement imprimé, puis commence à annuler mais la caisse refuse de se soumettre tout de suite, faut lui causer gentiment.
Je regarde l'un des gars, les cheveux taillés à la footballeur, une toute petite boucle d'oreille dorée, le plus costaud des quatre, se mettre à photographier les petits choux recouverts de grains de sucre alignés derrière la vitrine. J'ai le sourire jusqu'aux oreilles. Je suis bien la seule.

La boulangère déboule de l'arrière boutique, lève un sourcil en regardant les quatre garçons dans le vent ("C'est à qui ? Aah ces messieurs sont tous ensemble ?") et c'est la débandade, les quatre Mr Muscles doivent se coller au mur pour permettre aux suivants d'avancer, commander, payer. Enfin les tickets sont sortis, les viennoiseries réglées, le café sucré, la photo des petits choux instagrammée, le 1er se tourne vers le 2e qui se tourne vers le 3e qui se tourne vers le 4e qui se faufile à travers deux rangs de petits vieux (+ moi) vers la sortie "MERCIAUREVOIR".

 

Je sors de la boulangerie avec ma baguette et mon croissant-récompense, mes quatre lascars sont de l'autre côté du trottoir. Ils croisent un petit groupe de lycéennes gloussant sous leur bonnet XXL, et l'armoire amatrice de petits choux sucrés les chambre en se retournant sur elles : "Bonjouuuur, y a pas école aujourd'hui ? Bon bah bonne journée hein !"
Numéro 3 ouvre sa cannette de boisson en essayant de pas en mettre sur son blouson gris, tandis que number 1 râle : "Eh, vous m'en mettez pas partout comme la dernière fois, hein !"

Je les suis du regard. Ils se dirigent vers le fourgon noir garé devant l'église, de laquelle parviennent les notes d'une messe. Dans le véhicule, un cinquième attend son petit déjeuner au volant, sûrement avec le chauffage, ça caille ce matin. La cérémonie est presque finie, il espère sûrement avoir le temps de boire son café. Avec du sucre.

 

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01 février 2016

At Work

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Quand j'avais 5 ans je voulais être maîtresse.
Quand j'avais 10 ans je voulais être dessinatrice (de BD).
Quand j'avais 12 ans je voulais être vétérinaire.
Quand j'avais 15 ans je voulais être réalisatrice de cinéma.
Quand j'avais 20 ans je ne savais plus ce que je voulais être.
Quand j'avais 25 ans je voulais juste gagner ma vie.
Quand j'avais 30 ans je voulais être maman.
Quand j'avais 32 ans je voulais devenir fleuriste.
Quand j'avais 35 ans je voulais écrire un livre.
Quand j'avais 37 ans je voulais parler des livres des autres.
Quand j'ai eu 39 ans j'ai regretté de ne pas être devenue dessinatrice.
Quand j'ai eu 40 ans j'ai regretté de ne pas être devenue réalisatrice.
Quand j'ai eu 41 ans j'ai regretté de ne pas être devenue vétérinaire.
Maintenant que j'en ai 43 je voudrais arrêter d'avoir des regrets.

 

 

Pour les lundis d'Alice & Zaza 

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31 janvier 2016

Au Revoir Janvier ❄

Pluvieuse, littéraire, parisienne, rapide, connectée... voilà ce que je retiens de positif (oui, oui, même la pluie qui lave et qui n'est jamais plus belle que lorsque tu la regardes tomber de chez toi) de ces derniers jours de janvier pour le défi photos de Virginie :

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# Sans pluie, pas de petites fleurs !
# A force d'en voir passer sur Intagram ou sur Pinterest, c'est la première fois que j'ai droit à un coeur sur mon cappucino, hiiiiii !
# J'adore faire ce genre de rencontres au hasard des rues de Paris
# Le ciel qui me fait immanquablement penser à l'affiche de 37°2 le matin (ok, je ne suis pas Béatrice Dalle)
# Un roman très agréable qui a pour cadre le camino de Saint-Jacques-de-Compostelle. Parfois je me dis : "Et si... ?"
# Il paraît que les fleurs et les plantes se croient pour certaines au printemps, pour d'autres en automne... mais alors que nous restera-t-il au printemps et en automne ?
# Le dimanche on cocoone et on embête le chat avec nos photos !

 

Bonne fin de week-end à tous !

 

 

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30 janvier 2016

Le Chagrin des Vivants

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Londres, 1920. L'Angleterre est en deuil, tant d'hommes ne sont pas revenus de la guerre, et la réintégration des vétérans diminués physiquement ou psychologiquement s'avère très difficile. Dans ce contexte et pour offrir un symbole expiatoire au chagrin de la nation, on prépare une cérémonie en prévision de l'arrivée du Soldat inconnu rapatrié de France. Durant cinq jours, nous suivrons au fil des pages trois femmes, qui pourraient être représentatives de cette population meurtrie, absourdie, choquée qui chacune à leur manière continuent de vivre : Evelyn a perdu son fiancé et travaille au bureau des pensions de l'armée, cotoyant à longueur de journée la peine, la tristesse, la folie. Ada a perdu son fils et s'accroche à son fantôme. Hettie, pour quelques pence, gagne sa vie en accompagnant d'anciens soldats sur la piste de danse du Hammersmith Palais.

Derrière une écriture fluide, romanesque et une histoire très structurée, Anna Hope (dont c'est le premier roman !) restitue à merveille les atmosphères : que ce soit une salle de bal mythique, un dortoir d'hôpital, un bureau triste ou une foule endeuillée, on s'y croirait ! Le signe (selon moi) d'une documentation très solide et maîtrisée. Ainsi l'auteure raconte-t-elle la procédure du rapatriement du corps du soldat (guerrier, pour les anglais) inconnu dans les moindres détails, du choix du corps jusqu'à l'apothéose de son arrivée à Londres, donnant lieu à des funérailles nationales sans précédent, et qui verront peut-être se croiser nos héroïnes dans un moment de partage et de communion, une pause dans l'affrontement des fantômes.

"Le chagrin des Vivants" est un hommage formidable à ces femmes fortes qui avancent, en dépit de leurs pertes et de leur chagrin, celles qui sont restées  (et ne pouvant qu'imaginer ce qui s'est passé sur le front, d'autant que les hommes ne veulent pas en parler) étant pourtant les premières à en subir les conséquences, faisant de leur mieux pour avancer, se trouver une situation, offrir l'apaisement, effacer la culpabilité, espérer un avenir meilleur, un avenir tout court.

C'est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours.

 

{Le Chagrin des Vivants, Anna HOPE, Gallimard}

 

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Rencontre avec Anna Hope le 25 janvier dernier. Il faut que je songe à améliorer mon anglais.

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29 janvier 2016

{Coup de ♥} The Danish Girl

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L'histoire vraie de Gerda Wegener et de son mari Einar, premier homme à devenir femme, dans le Danemark des années 30. 

La première partie du film, qui voit Lili (la femme encore cachée en Einar) affleurer à la surface, est toute en sensibilité et délicatesse. Il y est question du trouble, sensuel, délicieux, de se trouver soi-même, de se découvrir, homme ou femme. Du simple contact d'un tissu sur la peau, l'émotion naît, le papillonnement d'yeux d'Eddie Reymane (quel autre acteur est capable de faire ça ?) laisse paraître d'abord l'étonnement, puis l'hésitation à oser y trouver du plaisir.
Les plans sont tous aussi léchés et soignés qu'un tableau danois (Hammershoi semble être passé par là pour les cadrages de portes), trop peut-être, rien ne dépasse.

Etonnamment j'ai trouvé la seconde partie moins réussie, alors que que la "métamorphose" de la chrysalide en Lili Papillon est déjà bien amorcée. Sans doute parce qu'on passe moins par l'émotion et plus par un état de fait (moins dans la subtilité, donc) : c'est ainsi, "il" est une femme (et drôlement jolie, en plus).

Au-delà du débat transgenre ou de la prouesse d'acteurs (il faut le reconnaître, les mots "Oscar ! Oscar !" semblent clignoter sur le menton tremblotant de la très belle Alica Vikander), j'ai eu l'impression d'avoir vu un film, à la fois sur la féminité (qu'est-ce que la féminité d'ailleurs ? doit-elle forcément passer par des chiffons, du maquillage, un mouvement de poignet maniéré ? je me suis tout de même surprise à penser : "Wouah mais il est 1000 fois plus féminin que moi !") mais aussi et surtout sur une folle, extravagante histoire d'amour : à quel point faut-il aimer l'autre pour non seulement accepter cette nouvelle identité, mais en plus l'encourager dans cette voie pour qu'il puisse enfin être heureux ? Plus qu'une histoire de pénis en trop, c'est la puissance de cet amour là qui sidère.

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{The Danish Girl, avec Eddie Reymane, Alicia Vikander...un film de Tom Hooper, actuellement en salles}

 

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28 janvier 2016

Petal Box

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J'ai une adoration pour les petites fleurs (quoi, tu le savais ?) et je suis légèrement maniaque du rangement. Cela suffira à expliquer ma fascination pour cette installation que tu peux voir en vitrine chez Colette à Paris jusqu'à ce week-end - eh oui, les fleurs c'est périssable... 

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Azuma Makoto est un fleuriste japonais devenu artiste floral. Si son atelier se trouve à Tokyo, ses œuvres voyagent sous toutes les formes dans le monde entier, y compris... dans l'espace, où il a expédié en juillet 2014 une sculpture florale et un pin bonsai ! Ses éphémères oeuvres sont immortalisées par le photographe "botanique" Shiinoki Shunsuke. 

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On dirait des bocaux de bonbons, de confettis ou de ballons multicolores, tu ne trouves pas ? D'un côté il y a des fioles (10 000 !) remplies de pétales de fleurs, et de l'autre, des orchidées.

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Organique, non ?

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 Jusqu'au 30 Janvier chez Colette, 213 rue Saint Honoré, Paris.

 

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27 janvier 2016

"Les Saisons", le point de vue des animaux sauvages

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Après les oiseaux migrateurs dans les cieux et les baleines dans les océans, c'est à une balade dans la forêt ancestrale avec les animaux sauvages que Jacques Perrin et Jacques Cluzaud nous emmènent. Cette fois-ci nous restons en Europe, et au fil des images pouvons imaginer à quoi pouvaient ressembler nos forêts primaires d'il y a 20 000 ans.

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La patte du passionné Jacques Perrin est toujours aussi reconnaissable : peu de commentaires et beaucoup d'images, mais pas n'importe lesquelles : elles sont exceptionnelles, littéralement à couper le souffle. On réalise sans mal que des prouesses techniques inédites ont été mises en oeuvre pour nous donner l'impression d'être au plus près des animaux que l'on suit dans leur "quotidien" (leur habitat, leurs amours, leurs petits, leurs jeux, leur alimentation...), au fil de cycles se répétant à l'infini au gré des saisons qui s'écoulent... jusqu'à ce que l'homme glisse le doigt dans le chaînon et par son intervention déstabilise le fil de l'histoire et l'harmonie de sa relation commune (distante, craintive mais respectueuse) avec l'animal. La forêt recule, inexorablement, et avec elle ses habitants contraints de trouver d'autres abris, au profit de la campagne et d'une nature nouvelle.

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Pour autant, le constat du film n'est pas catastrophiste, la prise de conscience est réelle et les initiatives pour faire machine arrière existent - mais sont-elles suffisantes ? De ce point de vue le documentaire peut avoir une utilité réelle, car malgré un point de vue scénaristique décevant (l'introduction des humains ne m'a pas parue très réussie, le montage de certaines séquences non plus, avec recours à quelques artifices évidents dont je ne me souviens pas pour les documentaires précédents), c'est un magnifique plaidoyer pour la protection de la nature et une invitation salutaire à la réflexion et à la pédagogie.

 

{Les Saisons, un film de Jacques Perrin et Jacques Cluzeaud, actuellement en salles}

 

 

 

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Ecouter des gens passionnés, toujours un bonheur !  

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22 janvier 2016

Etonnez-Moi !

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Lorsque tu sors de cette expo, en principe avec le sourire aux lèvres, tu te dis que Philippe Halsman devait être un joyeux luron qu'il faisait bon connaître. Car de l'humour il en avait forcément à revendre, au vu de la fantaisie qui domine toute son oeuvre (300 images, documents, planches, photomotages, maquettes, épreuves... ici réunis) commencée dans les années 30 à Paris, puis à New York où il commence à travailler pour des magazines, en particulier Life dont il réalisa une centaine de couvertures.

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On connait tous des portraits de Philippe Halsman sans forcément le savoir : Marilyn (sa favorite, de toute évidence), Hepburn, Hitchcock, Einstein, Hellington, Fernandel, Dali (avec qui il collabora des années)...

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Et surtout il inventa le concept de Jumpology : pour aider ses modèles à lâcher prise et à retrouver leur spontanéité devant l'objectif, il eût l'idée de les faire... sauter en l'air. La section consacrée à cet exercice faisant bondir les modèles les plus inattendus est un bonheur !

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Et s'il te prenait l'envie de jumper à ton tour, tu peux le faire devant le Musée à un emplacement dédié ! (non je ne l'ai pas fait)

 

{Philippe Halsman, Etonnez-moi ! au Jeu de Paume jusqu'au 24 Janvier}

 

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21 janvier 2016

Carol

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New York, années 1950. Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol... Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

On le sait depuis Loin du Paradis, où déjà une femme prisonnière des faux-semblants d'un mariage se hasardait à défier la morale, Todd Haynes est le nouveau Douglas Sirk, reprenant les rênes d'un cinéma hollywoodien glamour et vaporeux, du temps des Lana Turner, des Gloria Swanson ou des Greta Garbo.

Apès Julianne Moore, il magnifie Cate Blanchett, toute en velours dans les yeux, l'allure, la voix, d'une sensualité renversante. C'est peu dire que le courant passe avec Rooney Mara, que l'on voit progressivement muer en Audrey Hepburn. On peut reprocher au film son grand classicisme - personnellement je trouve que faire du beau et du bon classique, c'est déjà passer un moment réussi devant le grand écran, ce qui ne nous est pas offert avec tant de films -, et une élégance froide. Mais il me semble justement que cette froideur correspond à l'époque et au milieu que le réalisateur évoque, à l'image du mur de convenances et d'interdits que les personnages doivent franchir pour s'autoriser à vivre leur amour. Ici la sensualité passe plutôt par un gant oublié, le pli d'une robe ou un peignoir à peine entrouvert. Le duo d'actrices fonctionne à merveille et si l'émotion parait contenue, elle passe à merveille dans leurs regards à toutes les deux.

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{Carol, un film de Todd Haynes avec Cate Blanchett et Roney Mara, actuellement en salles}

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