minimoy

Mon fils aîné repousse brutalement mes baisers et mes câlins, alors que son petit frère les devance. Pourtant, à deux enfants, même éducation et même quantité d'amour, peut-être même le plus grand a-t-il  bénéficié très logiquement de davantage d'attention en tant que premier de la couvée. Alors, pourquoi ? A cette interrogation qui m'est quotidienne succèdent bien d'autres : et moi ? Quel amour ai-je reçu dans ma prime enfance ? Et surtout : pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas ?

Je ne me souviens pas de ses bras autour de moi, je ne me souviens pas si elle m'aidait à faire mes devoirs ou si on discutait autour du goûter, je ne me souviens même pas si elle faisait parfois des gâteaux, si elle prenait le temps de s'asseoir à mes côtés pour dessiner, si elle me consolait de mes chagrins d'école, je ne sais pas non plus si elle me racontait des histoires le soir, je ne me souviens même pas de son parfum ni si on riait ensemble. Est-ce qu'elle m'a bercée des heures quand j'étais bébé pour que je ne pleure plus, comme je l'ai fait avec mon premier ? En revanche je me souviens des disputes familiales, des colères et des claquements de porte, de la faute que j'ai commise en naissant seconde - et fille - j'ai bien sûr gardé des petites bribes d'enfance mais rien d'affectif finalement. Ai-je choisi d'être discrète, au bord de l'effacement, à force de souffrir d'inattention ou l'étais-je déjà de tempérament ? Pourquoi la mémoire fonctionne-t-elle de façon si sélective - et cruelle ?

On dit que les enfants qui ont reçu beaucoup d'amour deviennent des personnes épanouies et confiantes, je suis tout le contraire de ça, pourtant je sais bien que je n'ai pas eu une enfance particulièrement malheureuse et je pense que ma mère m'aimait fort (tu noteras l'absence du père dans mon petit laïus, il n'y a jamais rien eu à sauver de ce côté-là). Tout ce que je sais c'est que dans ma famille on ne s'embrassait pas, on ne se prenait pas dans les bras, on se faisait de vagues bisous du bout des lèvres pour se dire bonjour, les démonstrations d'affection étaient considérées comme impudiques... et gênantes. Est-ce une question de génération ? Est-ce que cette distance a toujours été ou est-elle venue avec les années ? Je ne sais plus, et il n'y a plus personne qui puisse - ou qui veuille - me le dire.

Mais alors, et mes fils, de quoi se souviendront-ils ? nos bisous nos câlins nos dessins nos jeux nos discussions, où partent-ils se cacher ? J'espère profondément qu'ils sont en train de composer le noyau dur de garçons bien dans leurs baskets et, dans le fond et malgré leurs réticences, assurés d'être aimés. 

Et toi, tu te souviens ?

 

Cet épisode de psychologie à deux balles t'est offert par la Toussaint + ma période "Dans 15 jours j'ai 40 ans", où t'as beau faire ta fanfaronne "M'en-fous-c'est-juste-un-chiffre", ben n'empêche, niveau bilan ça va secouer.

★ Photo : Ma pomme et Minimoy, Janvier 2009 ★