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Stanislas aime Camille qui essaye d'aimer Stanislas. Ca commence avec toute la fougue des premières fois, l'emportement des émois adolescents, mais ils ont 16 ans tous les deux, l'âge où le jeu vire cruel et sans scrupule pour l'apprentie séductrice, avec la vie devant eux pour oublier. Des années après, ils se retrouvent, et le petit manège de séduction reprend, une pointe de revanche en plus.

Dans cette chronique - autobiographique - d'un amour qui n'arrive pas à écrire le mot "Fin", Camille de Peretti use de la métaphore guerrière. L'amour est un combat, l'ennemi à abattre est l'ennui (car trop de perfection lasse), son amant est donc tenu de se comporter en guerrier. Le désastre est inévitable, malgré une ultime tentative de sauvetage (ou de fuite) à l'occasion d'une traversée des Etats Unis. D'une écriture fluide l'auteure nous livre sans fausse pudeur l'intimité d'un couple qui tente de se construire (à l'image d'un mur indestructible), un couple qui paraitra bien singulier à nous lecteurs pour qui l'identification sera difficile, tant il semble fondé sur une vanité sans limites (un roman générationnel ? j'espère que non...), sur des signes extérieurs de réussite (lui est trader, elle écrivain à succès qui assume se servir de sa souffrance pour écrire ses romans), dans un milieu où l'on use du vouvoiement et du "Mon Coeur" même pour se balancer les pires saloperies. Incapables de bien s'aimer, incapables de correctement se quitter, ils noient leur chagrin ensemble comme on enterre une vie de couple. La vie se chargera de les séparer sur une conclusion douce amère avec laquelle je suis au moins d'accord : on aime pour toujours ceux qu'on a aimé pour la première fois.

Mais Stanislas reste derrière la vitre, elle sur le quai, et à ce moment même ils pensent exactement la même chose : la vie n'est pas une comédie romantique.

{Petits Arrangements avec nos Coeurs, Camille de PERETTI, Stock}

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Sybille/Sylvie, actrice reconnue, s'attèle à la préparation du tournage de son second film. Enthousiaste et exaltée, elle a même trouvé ses producteurs, oui mais voilà, ces producteurs sont, entre autres qualités, tyranniques, hystériques, radins... Sylvie, pardon, Sybille raconte avec force anecdotes le régime de terreur entretenu par les Thénardier du cinéma, les bien nommés Ceaucescu.

Sur la forme c'est une vraie déception : j'avais beaucoup aimé les tout premiers livres de Sylvie Testud, "Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir", "Le ciel t'aidera", mais les suivants, beaucoup moins. Celui-ci poursuit cette pente descendante, à mon regret, au moins aussi grand que la sympathie que m'inspire la comédienne. Mais, envie de revanche ? besoin de catharsis ? L'expérience que raconte la comédienne/réalisatrice sous couvert de fiction est tellement effarante que ça en devient fascinant, du coup j'ai poursuivi ma lecture jusqu'au bout, avec à chaque page les mêmes questions : qui sont les gens (producteurs, acteurs) qu'elle évoque en déformant un peu (parfois très peu) les noms, et surtout à quel point a-t-elle grossi le trait ? Car si je peux sans peine imaginer ces professionnels de la profession le nez collé à Ciné-Chiffres tous les mercredi et (c'est humain, allez, tant que ça reste discret) se glorifier de l'échec de leurs concurrents, j'ai un peu plus de mal à les imaginer se conduire en ces petits dictateurs de pacotille qui interdisent l'accès aux toilettes, ont des oursins dans les poches, chicanent sur tout et finalement, éprouvent et expriment un mépris sans fond pour tout ce qui n'est pas eux.
Personne n'a le beau rôle, surtout pas Sybille, qui se décrit elle-même comme une parfaite écervelée, naïve et capable de sacrifier entièrement son scénario, et donc son propre film, pour peu qu'on le lui ordonne fermement. Moi qui ai zéro confiance en moi, j'aurais envie de la secouer et de lui dire "Méfies-toi, la prochaine fois, Sylv..., heu, Sybille !"

Quand j'avais neuf ans mon parrain me saluait en disant "salut l'artiste", parce que moi, quand je faisais une connerie, elle était si belle qu'elle en devenait artistique.

{C'est le Métier qui rentre, Sylvie TESTUD, Fayard}