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Le 6 avril 1944, 44 enfants âgés de 5 à 17 ans et leurs moniteurs réfugiés à Izieu furent emmenés par des soldats allemands sur ordre de Klaus Barbie et disparurent dans les camps. Dominique Missika a souhaité mettre à l'honneur celle qui fut leur institutrice pendant quelques mois, Gabrielle Perrier. Car si l'on a beaucoup évoqué l'héroïsme de la directrice du centre, Sabine Zlatin, la Dame d'Izieu, le nom de Gabrielle est resté quasiment absent de toutes les commémorations de cette tragédie. La faute sans doute à la discrétion innée d'une jeune institutrice de 21 ans, sage, extrêmement dévouée à son métier et surtout ignorant tout de ce qui menaçait les enfants réfugiés dont on lui confia la charge - à peine savait-elle qu'ils étaient orphelins, à peine devina-t-elle qu'ils étaient juifs. Aveuglement, naïveté ? Dans l'atmosphère de charmant village, inconsciente du danger elle n'a pas vu l'étau se resserrer autour des enfants. Le drame, elle n'aurait pu l'empêcher puisqu'elle n'aurait jamais pu l'imaginer.

S'il est toujours fondamental et salutaire d'exercer un devoir de mémoire en rappelant les conditions dans lesquelles ont vécu puis disparu ces 44 enfants (sur dénonciation, mais de qui ? le doute subsiste, même après le procès de Klaus Barbie), j'ai vraiment été gênée par la volonté de mettre en avant une personne qui de toute évidence désirait rester discrète et fuyait les projecteurs. Preuve en est son refus clair et net de parler à l'auteure, ce qui contraint celle-ci à s'en tenir à des conjectures et des suppositions en ce qui concerne les sentiments et les opinions de son sujet. La seule chose vraisemblable, c'est que la vie de Gabrielle, disparue en 2010, tourna toute entière autour du souvenir de cette période tragique, et qu'elle ne put jamais s'éloigner ni moralement ni physiquement d'Izieu.

Izieu

{L'Institutrice d'Izieu, Dominique MISSIKA, Seuil}

 

 Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2015