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Elle vit dans deux pays : celui du bruit, de la musique, des entendants, et celui du silence, des sourds, de ses parents. Petite fille elle ne pleure pas - à quoi cela servirait-il, puisqu'ils ne l'entendent pas ?
Pas de pot, en plus c'est une bavarde.

Véronique Poulain décrit avec ses mots la vie avec des parents différents, sa frustration, son chagrin parfois, sa colère souvent envers les regards extérieurs, la litanie insupportable des questions et la curiosité déplacée.

Elle raconte avec ses mots comme ses parents lui ont porté sur les nerfs comme n'importe quels autres parents, elle raconte sans tabou comme les sourds sont en fait très bruyants, comme ils ont une voix abominable, comme ils ont pu la mettre dans des situations gênantes. Elle raconte comme les sourds peuvent être chiants parfois, excessifs en tout.

Elle dit avec ses mots comment on peut faire de la différence un atout et une richesse, l'importance de faire reconnaître le langage des sourds-muets comme une culture à part entière (il reste du boulot même si le chemin parcouru est énorme) et de se battre encore et toujours contre les idées reçues.

Elle porte avec ses mots un témoignage absolument touchant et authentique (mais court, bien trop court !!), qui immanquablement fait songer à Jean-Louis Fournier (le côté corrosif en moins). C'est drôle, c'est cru, c'est vivant, c'est un gros coup de coeur.

Je me souviens de mon chagrin.
Je me souviens de ma colère.
J'ai envie de tuer.
Je veux tellement les protéger.
J'oscille entre fierté, honte et colère.
A longueur de temps.

{Les Mots qu'on ne me dit pas, Véronique POULAIN, Stock}