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Faut-il se fier au titre ? Justine Lévy, dont c'est le quatrième "roman", poursuit son instrospection intime avec ce récit encore une fois très personnel où l'on retrouve son double littéraire - Louise, que l'on a vue devenir adulte, puis femme, puis mère. Le précédent, "Mauvaise Fille", où elle racontait la maladie de sa mère survenue en même temps que sa première grossesse, m'avait paru aussi impudique qu'il m'avait fouillé les tripes. Entre mauvaises filles on se reconnaît.

A présent, Louise/Justine est donc une jeune maman qui s'est résolue à afficher une façade, sinon de bonheur (existe-t-il seulement ?), au moins de non-tristesse, s'efforçant de dominer la mélancolie qu'elle a chevillée au corps depuis l'enfance et de cultiver la joie de vivre, d'avoir des enfants "contents contents contents" et d'être souriante souriante souriante. Elle refuse de leur infliger ses angoisses comme elle a dû subir celles de sa mère ou la cruauté des belle-mères de passage - bref elle veut absolument être la mère qu'elle aurait voulu avoir. Pour ses enfants elle surmontera les vieilles douleurs, les vieilles rancoeurs et se fera guerrière, elle apprendra donc à être gaie, résolument.

Mais personne ne l'avait prévenue que lorsqu'on devient père ou mère, on a beau essayé de faire tout le contraire de ce qu'on a vécu, de ne pas répéter les mêmes erreurs que ses parents on se prend notre propre enfance dans la gueule.  Sans parler de cette peur, nouvelle, qui s'installe, engluant les parents tout neufs, et qu'elle décrit avec des mots très justes.

Si vous aussi vous voulez avoir peur, peur tout le temps, peur à vomir, une peur bien épaisse, bien collante, eh bien faites des enfants.

Bien sûr, "La Gaieté" appartient à ce ce genre de littérature qui crie "Nombril ! Nombril !", mais son écriture est d'une sincérité absolument désarmante (et le style a mûri), comme si Louise/Justine nous prenait, nous lecteurs, comme confidents de ses chagrins de petite fille blessée (impression renforcée par le rythme du texte), à l'enfance dorée mais ballottée, une jeune femme encore fragile mais sur la voie de la guérison.

(...) c'est si bizarre un vide qui pèse si lourd.

 

{La Gaieté, Justine LEVY, Stock}