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Pierre-Marie, écrivain goncourisé en panne d'inspiration, entame une correspondance par mail avec Adeline, admirative lectrice. Progressivemement, cet échange commence à beaucoup compter pour l'un comme pour l'autre et les confidences, malentendus, rebondissements et révélations vont s'enchaîner.

Le roman épistolaire a bien changé depuis Laclos ! Est-ce parce que les mails arrivent de façon instantanée et de façon plus dynamique ? Les livres s'inspirant de ce procédé (je pense à Glattauer) sont assez souvent légers, sans doute parce que les relations, les amitiés ou les amours y évoluent à vitesse grand V - et leur lecture aussi. Ici toutefois, les échanges entre nos deux personnages ne se limitent pas à des phrases brèves à l'allure de textos, non c'est plus fouillé, ce sont de vraies, de longues lettres.
Assez rapidement nos deux correspondants s'épanchent et se révèlent : elle se décrit comme solitaire et menant une vie assez fade. Lui, l'écrivain donneur de leçons et marié quatre fois, est tenaillé par le désir de percer le secret de la disparition de son épouse Eva.
Mais la vérité est peut-être ailleurs, et de rebondissements en quiproquos (jusque à mettre la zizanie dans un couple d'amis s'immiscant dans ces échanges), de gentil flirt en confidences intimes (c'est fou comme l'on peut être amené à se dévoiler par écran interposé), une intrigue se noue et une autre histoire apparaît peu à peu en filigrane, tout à fait différente de celle qu'on imaginait au tout début du livre, comme un puzzle composé de bribes de mails.

Je m'attendais à quelque chose de l'ordre du Cercle littéraire des Amateurs d'Epluchures de Patates, et de vraiment très léger au vu de la couverture et de ce que proposait la 4e de couverture. Mais même si l'on ressent le grand bonheur d'écriture des deux auteurs, l'histoire est bien plus complexe et ambigue que cela - plus douloureuse, aussi. On y fait son deuil, on part à la recherche de personnes disparues, on se trompe, on se ment, on se fait souffrir, et à la fin on est bien obligé de se mettre à nu pour avancer.

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Pour avoir eu la chance d'assister à une rencontre avec ces deux auteurs (merci à Babelio !), leur plaisir de travailler ensemble est évident, partant d'une idée semée sans savoir où cela allait les mener, et le résultat est plus que plaisant et cohérent - malgré bien des petits poussins semés en route -, grâce à une écriture fantaisiste, drôle, terriblement vivante.

 (...) acceptez-moi comme je suis : grosse, pathétique peut-être, mais VIVANTE !

Est-ce que bientôt on verra les gens brandir leur Certificat de plantage au Baccalauréat, ou leur Diplôme de mariage calamiteux, ou plus globalement encore leur Attestation de vie merdée ?

 

{ Et Je Danse, aussi, Jean-Claude MOURLEVAT & Anne-Laure BONDOUX, Fleuve Editions}