Et voilà, c'est parti, la seule Rentrée dont l'évocation ne provoque pas des suées d'angoisse (quoique, ça dépend pour qui...). J'ai déjà eu le bonheur de découvrir quelques pépites, et envie de te parler pour commencer de deux lectures publiées chez Stock, qui traitent toutes les deux d'amour, mais d'amour destructeur :

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Dans L'Illusion délirante d'être aimé, Laura, journaliste et écrivain, a repris contact avec son ancienne amie de lycée, C. Alors qu'elles sont maintenant collègues, C. adopte un comportement étrange : elle se montre insistante, possessive, jalouse envers Laura. La voici qui s'habille pareil, lui crée un faux compte facebook... de façon progressive, elle chercher à entrer dans sa vie et s'approprier son monde. En interrogeant divers spécialistes sur cette situation, Laura découvre le syndrome de Clérambault, ou érotomanie. Et plutôt que de couper radicalement les liens comme on le lui conseille, elle se met alors en tête d'en faire un sujet de livre, mais l'histoire lui échappe et va dégénérer.

Au fil des pages c'est un glissement progressif vers la folie que rien ne semble pouvoir endiguer. Exaltation, dépit, rancune... La vie de Laura, son couple, son boulot sont envahis, empoisonnés, alors que son entourage ne semble pas la prendre au sérieux car cette C., en réalité, semble parfaitement saine d'esprit. Au point que Laura commence à douter : et si c'était elle, la folle ?
En adoptant le "Je", Florence Noiville place le lecteur devant cette question : comment réagirai-je face à un être maladivement toxique ? Comment s'en sortir si ce n'est violemment, d'une manière ou d'une autre ? C'est un roman-thriller des sentiments, où amour et haine sont mêlés pour le pire.

Avant C., je souffrais déjà physiquement de ce monde "à l'impératif". Je me voyais, tel Saint Sébastien, transpercé par une flèche supplémentaire chaque fois que venait s'ajouter quoi que ce soit demandant qu'on lui prête de l'attention. Mais voilà qu'une allumée prétendait maintenant que j'avais une responsabilité envers elle. Me donnait et me répétait en boucle l'ordre suprême : AIME-MOI ! SOIS MOI !

{L'illusion délirante d'être aimé, Florence NOIVILLE, Stock}

 

 

Dans Un Homme Dangereux, Emilie, la narratrice, a tout pour être heureuse, une vie équilibrée entre son métier, son mari, ses deux enfants et même un amant. Elle prend le risque de tout détruire pour un homme qui lui retourne la tête, un sale type qui la traite mal, un "homme dangereux".

Il est difficile de comprendre l'attrait que peut avoir un pervers narcissique pour sa victime sans avoir croisé soi-même le chemin de ce type de personne. Emilie Frèche décortique avec une grande clairvoyance (et sûrement pas mal de recul), sans épargner ni l'une ni l'autre, les mécanismes d'une telle relation et de la dérive passionnelle. Le sale type en question, Benoît Parent, écrivain qui connut en son temps un certain succès, représente tout ce qu'elle exècre, jusqu'à véhiculer des valeurs abjectes. Pourtant, elle ne peut s'empêcher de foncer dans cette histoire tête baissée et de s'enfoncer dans le glauque, comme "une maladie qui lui serait tombée dessus". C'est par la découverte d'un secret familial et par l'écriture qu'adviendra la clairvoyance, et la guérison. Récit d'une descente aux enfers intime, troublante et dérangeante.

Il n'y a pas de violence plus grande que d'aller fouiller en soi. Non, pas de violence plus grande.

 

{Un Homme Dangereux, Emilie FRECHE, Stock}

 

 

Avec ce double billet je débute ma participation au

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lancé par Sophie Hérisson.