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C'est peu dire qu'on ressort sonné de cette lecture, il y a peu d'existences qui sonnent aussi tragiquement que celle de Pauline Dubuisson. Jugée pour crime passionnel dans les années 50, c'est en vérité pour son passé de tondue à la Libération qu'elle sera jugée – à moins que ce ne soit parce que son père s'est donné la mort de honte. Lorsqu'un film inspiré de son histoire ("La vérité" d'Henri-Georges Clouzot, avec Brigitte Bardot) sort au cinéma, elle fuit au Maroc sous un faux nom. Lorsque Jean la demande en mariage, elle doit décider de lui raconter – ou non – ce lourd passé.

Toute sa courte vie (à laquelle elle mit fin à l'âge de 36 ans – après moultes tentatives), Pauline aura incarné LA garce contre laquelle se déchaînent les foules. Celle qui a frayé avec l'ennemi, celle qui a tué de sang froid, celle qui a nargué, profité, qui concentre les envies de violence et de vengeance. Même a posteriori, il semble qu'elle bénéficie de peu de circonstances atténuantes.

C'est là que la plume de Jean-Luc Seigle prend toute sa force et réussit l'impossible : se mettre dans la peau et dans la tête de cette jeune fille qui a « deux ans d'avance pour tout », comme le dit cyniquement son père. Et à défaut d'arriver à tout expliquer, à tout justifier (elle serait devenue une "pute à soldats" pour échapper au deuil familial ??), il parvient à nous faire ressentir sa solitude et, de manière réaliste, toute la violence dont elle a fait l'objet (la scène de tonte est d'une brutalité et crudité difficilement soutenables).

Remarquablement écrit, très vite lu, ce bref roman provoque un immense malaise devant la bêtise des hommes (celle du père, celle de ces soi-disant résistants de la dernière heure, celle des lâches en temps de guerre) et cette vie gâchée. Et il semblerait que Pauline se soit décidément trouvé de très bons avocats contemporains, puisqu'un autre livre vient de paraître à son sujet, "La Petite Femelle" de Philippe Jaenada, qu'il me tarde également de découvrir.

Je ne connais pas de livres qui vous disent de rester à votre place et de ne rien espérer ou de ne rien attendre de la vie ; ceux qui disent ça dans les romans sont toujours des personnages exécrables.

 

{Je vous écris dans le noir, Jean-Luc SEIGLE, Flammarion}