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Quand j'étais môme j'étais passionnée d'Elisabeth d'Autriche (mais oui, tu sais, Sissi...), j'ai donc dans ma bibliothèque un certain nombre de livres à son sujet. Aussi connaissais-je déjà les circonstances de la disparition de sa soeur Sophie comme l'une de ces tragédies en cascade qui frappèrent l'Impératrice en fin de vie. L'histoire de l'incendie du Bazar de la Charité est le point de départ de ce très beau roman historique de Gaëlle Nohant.

Elle reconstitue pour nous avec grand talent cette atmosphère légèrement empesée du Paris mondain de 1897. La réputation, l'étiquette, les convenances règnent en maître, ainsi est-il de bon ton de fréquenter untel et pas unetelle, ou bien de pouvoir participer à cette grande vente de charité qui se tient rue Jean-Goujon, à quelques pas des Champs-Elysées. On peut y croiser princesses et comtesses, on cherche à y apercevoir la Duchesse d'Alençon qui y tient elle-même un comptoir et s'est entourée pour cela (scandale !) de Violaine, une jeune veuve, et de Constance, une jeune fille à peine sortie du couvent.

Dans l'après-midi du 4 mai, un incendie (causé par un projecteur, ancêtre du cinématographe !) éclate et se propage à une vitesse effarante dans le hangar et ses décors de carton pâte ; la panique de l'immense foule présente à ce moment-là, l'absence complète de précautions de sécurité, la bousculade, le chacun pour soi provoquent un véritable enfer et mettent tout Paris en deuil.
Le drame nous est raconté avec beaucoup de détails, au point de suffoquer en imaginant sans mal l'effroyable scène et cette peur révélant le côté primaire de chacun, quel que soit son statut, que ce soit sa part d'héroïsme ou sa grande lâcheté. L'après, aussi, est difficile, lorsqu'il s'agit d'identifier des corps carbonisés pour pouvoir les rendre à leur famille.

Les femmes seront les grandes victimes de l'incendie : songer que sur plus d'une centaine de victimes il n'y eut que très peu d'hommes, qu'elles furent dévorées par le feu plus aisément à cause de leurs longues robes, et que dire des survivantes : celles portant à jamais les stigmates de leurs brûlures sont mises au ban de la belle société, celles traumatisées sont qualifiées d'hystériques et enfermées... Et pourtant, entre elles toutes, la solidarité. Passionnant et instructif ! 

 

(...) s'il était un bonheur possible sur cette terre, on ne pouvait y accéder qu'en laissant mourir certaines choses en soi. Toutes ces choses lourdes et encombrantes qui étaient un grenier plein d'objets cassés et poussiéreux que l'on n'osait mettre au rebut, mais qui arrêtaient la lumière.

 

{La Part des Flammes, Gaëlle NOHANT, Editions Héloïse d'Ormesson}