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Cette année pour la première fois j'ai eu la chance, l'immense chance d'être invitée par deux maisons d'édition avec lesquelles j'échange régulièrement, ce qui m'a permis d'aller au Salon du Livre (euh, Livre Paris, pardon) deux jours de suite la semaine dernière. Et de constater (je n'ai pas été voir les chiffres de fréquentation, mais ça sautait aux yeux) qu'il y avait beaucoup, beaucoup moins de monde que lors des éditions précédentes. Et si tu enlèves les scolaires c'était carrément morne plaine. On se demande bien pourquoi.

Je suis faible avec les bouquins, pour moi le Salon du Livre (ah non, Livre Paris) c'est comme si tu balançais mes gosses dans un Toysr'us : tu sautilles, tu cours partout, tu regardes, tu touches, tu humes, tu veux tout.
Certes c'est une occasion idéale de rencontres et d'échanges entre passionnés (lecteurs, blogueurs, instagrameurs - j'en ai rencontré des formidables cette année, et je serai très heureuse de pouvoir les revoir par ailleurs, à d'autres occasions - sans compter évidemment mes copines Charleston) avec des auteurs, des libraires ou des éditeurs... ce devrait être le bonheur ! 

Mais... et le grand public alors ? Samedi mon mari tout neuf (hiiii) est venu aussi, et il a déboursé 12 euros. 12 euros pour une entrée. Déjà, essayons d'imaginer la part de la culture dans le budget consommation d'une famille... voilà, et maintenant essayons d'y trouver les 12 euros par tête (auxquels tu n'oublieras pas d'ajouter les frais de transport et/ou de parking : pour moi seule, et alors que je n'habite pas si loin, j'en ai déjà très exactement en RER+tram pour 7,22 euros. Cling, Cling).

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C'est une évidence qu'avec une telle politique les organisateurs cherchent un maximum à éloigner le grand public. Celui qui ne lit pas forcément beaucoup mais pour qui c'est peut-être l'occasion, la seule, une fois par an (mais c'est pas rien, si ?) de découvrir, de se laisser tenter. 12 euros c'est presqu'un bouquin. 12 euros c'est un achat en moins, voire aucun. 12 euros par personne c'est réserver l'accès à la culture à une petite proportion de population. 12 euros c'est le début de la fin de l'accès libre et égal à la culture pour tous. 12 euros c'est fermer la porte à beaucoup de gens. 12 euros ça veut aussi dire que si à l'avenir tu changes pas ton organisation mon petit Salon du Livre (ou Livre Pa... oh et merde, t'as vraiment dépensé beaucoup en marketing pour nous pondre ça ???), attends-toi à de mauvaises surprises. On m'a soufflé qu'une grande enseigne songeait à organiser son propre salon en automne ; certes, c'est une grande enseigne, mais l'entrée sera libre, et comme la culture c'est aussi la curiosité, on ira jeter un oeil. Histoire de.

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Parce qu'il le dit 1000 fois mieux que moi, je reprends une partie du message parfait en tous points que l'écrivain Gilles Legardinier a posté sur son facebook :

"Dans un pays où l’on n’arrête pas de la ramener avec l’importance de la culture, de la lecture, de l’éducation, on fait concrètement payer son accès. Ce ne sont pas des lois idiotes qui feront lire les gens, mais des textes et des rencontres. C’est aussi simple que ça. Alors de qui se moque-t-on ? Qui sont les brillants esprits qui, sous couvert de promouvoir et défendre la littérature, la flinguent un peu plus au nom de pseudo-justifications ?

De ma modeste place, je ne prétends pas tout comprendre, mais de la part de ceux qui ont la prétention de gérer, il est évident qu’il y a deux ou trois principes de base qu’ils ont oubliés. Le salon n’est ni plus ni moins qu’une foire, une librairie géante éphémère destinée à vendre. Dans quel magasin paye-t-on avant d’entrer ?

Des auteurs viennent y tenter leur chance, ils ont besoin de voir du monde. Ceux qui sont un peu plus loin sur le chemin viennent rencontrer leur public. Je suis entièrement d’accord avec mes collègues écrivains et dessinateurs qui disent que sans auteurs il n’y a pas de livres, mais nous ne devons pas oublier que sans lecteurs, il n’y a rien. Ni auteurs, ni livres, ni industrie. Rien. Sans les gens que le salon rackette un peu plus, plus rien n’existe."

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Bref, cher Salon du Livre, ou Paris Livre, ou Paname Bouquin, ou La Seine en Pages, ou les Mots de la Tour Eiffel (t'as vu moi aussi je peux t'en pondre pour pas cher et sans étude de marketing), une petite remise en question s'annonce nécessaire. Sans rancune et à l'année prochaine ??

(ou pas)