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Hattie, originaire de Géorgie, est venue à Philadelphie pour fuir le racisme qui sévit dans le Sud. Elle épouse August contre l'avis de sa famille, et aura avec lui douze enfants - douze tribus. A travers le parcours de ces douze enfants, c'est l'histoire américaine du XXe siècle qui s'écrit devant nous. Dans un contexte d’Amérique ségrégationniste, ces garçons et filles, malades ou disparus trop tôt, confrontés à la maladie, à la pauvreté ou à l'abandon, resteront marqués par leur mère, sévère, forte et malheureuse. Chacun d'eux ressentira et subira l'ampleur de ses faiblesses et l'impact de ses rêves perdus.

Car la misère, le deuil, la tristesse ont empêché Hattie de s'abandonner à aimer ses enfants, obsédée qu'elle était d'arriver ne serait-ce qu'à les maintenir en vie et par la peur inavouée de les perdre, monstre d'orgueil brisé par un mariage raté et la certitude de n'avoir fait que des mauvais choix. La grande réussite de ce roman est de nous faire voir Hattie à travers les yeux de ses enfants (un chapitre pour chacun, comme autant de petites nouvelles), chacun à sa manière, avec une même certitude : lorsque cette mère Courage dépose les armes et que le moment est venu de faire la paix, il ne reste qu'un immense amour.
Extrêmement poignant et bien construit, il manque juste un sentiment de proximité qui susciterait davantage d'empathie, ce petit quelque chose qui sépare un livre de l'énorme coup de cœur.

{Les Douze Tribus d'Hattie, Ayana MATHIS (Gallmeister) lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2015}

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Un soir de l'été 2010, dans une chaude ambiance de Coupe du Monde, six personnages se croisent et se perdent dans une ville blessée l'espace d'une nuit, heures de drame, de rupture et d'adieux.

C'est un livre d'ambiance, où chaleur et atmosphère lourde sont admirablement retranscrits. Marylou, Anis, Kamal, Olivia... autant de personnages, trentenaires définis par leurs fantasmes, leurs envies, leur soif d'amour, de sexe, de carrière, d'appartement luxueux. Qu'elle semble carriériste et matérialiste, futile et désoeuvrée, cette jeunesse dorée  décrite par Diane Mazloum. Pourtant après un premier abord extrêmement irritant, au fil des pages surgissent leurs angoisses profondes, comme autant de séquelles d'une guerre qu'ils n'ont pas faite. Guère attachants mais tellement angoissés, dans un pays sinistré par la guerre ou les chars dorment à l'abandon. Un roman qui peut autant irriter que séduire. 

{Beyrouth, la Nuit, Diane MAZLOUM , Stock}

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