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J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley.

Voici la fameuse phrase qui ouvre le célèbre Rebecca, roman de Daphné du Maurier, qui connut en son temps un tel succès (et fut même porté à l'écran par Alfred Hitchcock) qu'il occulta quasiment tout le reste de l'oeuvre de son auteur (à l'exception peut-être de L'auberge de la Jamaïque).

Tatiana de Rosnay s'est lancée dans un véritable pélerinage sur les traces de cet incroyable personnage, dans les lieux où elle vécut, de Londres jusqu'aux côtes de Cornouailles, en quête de ces manoirs aux vieilles pierres dont Lady du Maurier s'éprenait jusqu'à la déraison, et même de ses racines françaises. 

Elle connut à la fois une enfance dorée au sein d'une famille d'artistes (son père, avec qui elle eu une relation à part, était un acteur très populaire de son époque), mais aussi l'immense frustration d'être née femme (s'inventant même un double masculin) et de voir ses ambitions sans cesse freinées. Elle s'acharna à faire sans cesse le contraire de ce que l'on attendait d'elle, se lançant aussi passionnément et aveuglement dans l'écriture que dans les histoires d'amour (avec hommes ou femmes), dans la navigation ou la quête d'un foyer à elle. Enfant gâtée, Daphné du maurier finit toujours par obtenir par obtenir ce qu'elle souhaite, ainsi de ce domaine, Menabilly, qui attise son désir et qui lui inspirera Manderley.

Le portrait brossé d'elle n'est pas que sympathique, ainsi lorsqu'elle délaisse ses premiers enfants qui ont le tort d'être nés filles, ou bien lorsqu'elle tourne radicalement la page de l'amitié ou délaisse son "Tristounet" de mari. Très drôle, cynique, sûrement cruelle, elle eut une vie riche en perpétuelle quête d'indépendance, de liberté et de solitude.

Passionnante est également l'analyse du processus d'écriture : comment une femme si gaie et si drôle dans la vie pouvait-elle écrire des récits et des nouvelles si sombres et torturés, alors qu'on n'eût de cesse de la cataloguer écrivain romantique ? sans doute, dans sa jeunesse, une volonté manifeste de choquer son entourage et son milieu. De même sont évoqués ses rapports avec les éditeurs et les difficultés de traduction - Rebecca vient d'ailleurs de faire l'objet d'une réédition-, les déceptions devant de fades adaptations. Bref, la belle et complète biographie d'une romancière méconnue, peut-être un peu trop détaillée d'ailleurs, au risque d'égarer quelques lecteurs, mais l'attachement de Tatiana de Rosnay à son sujet est véritablement communicatif.

 

{Manderley for ever, Tatiana de Rosnay, Albin Michel/Héloïse d'Ormesson}