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Je termine cet ouvrage troublée et décontenancée. Difficile à résumer, à qualifier, à expliquer. Pour te dire, j'ai passé presque la moitié du bouquin à me demander ce que j'étais en train de lire ; mais l'écriture est tellement maîtrisée que j'ai tenu bon, je voulais trop savoir où l'on voulait m'emmener. Et avec la compréhension vient l'évidence : ce bouquin ne ressemble à aucun autre !

Eliza Granville use presque uniquement du lexique des contes de fées pour nous raconter deux histoires parallèles :
A Vienne, fin XIXe, un célèbre psychanalyste tâche de résoudre le mystère d'une jeune fille mutique retrouvée dans un triste état à proximité d'un asile d'aliénés, et dont la beauté déclenche vite les passions au sein de sa maison.
Des années plus tard, en Allemagne, Krysta est une tyrannique petite fille dont le père, veuf et dépassé, est un médecin exerçant dans un étrange établissement. Lorsqu'il disparaît,  elle passe de l'autre côté du mur....

Symboles et références sont disséminés comme autant d'indices quasiment à chaque paragraphe pour nous faire deviner de quoi on parle, de quel contexte et de quelle histoire (ou Histoire). Ce qui déstabilise, c'est cette omniprésence des rêves et des conte de fées dans la vie de chacun des protagonistes : quelle est la part de vrai, de faux, de délire ? La fin, lorsqu'elle finit par relier les deux histoires, donne de puissantes et terrifiantes réponses, prouvant le talent de l'auteur à nous raconter un cauchemar, un cauchemar réel se déroulant dans un monde barbare où des enfants sont martyrisés comme dans un conte des frères Grimm et où l'on peut croiser des "animaux humains". Il faut se laisser emporter, accepter de se laisser malmener et même de se perdre, souvent.

Peut-être est-ce ce qui arrive quand on invente des histoires à l'intérieur d'histoires qui sont elles-mêmes des contes de fées : elles deviennent horriblement réelles.

 

{Gretel and the Dark, Eliza Granville, Mirobole Editions}