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Des histoires prenant pour cadre un camp de prisonniers, on garde souvent en tête de glorieux récits d'amitié virile, d'actes de bravoure et de spontanée solidarité humaine. Lorsque Tatamkhulu Afrika nous raconte sa propre expérience de prisonnier à Tobrouk durant la Seconde Guerre Mondiale, il évoque à travers Tom, son double, la promiscuité, la crasse, la dégradation des corps, la perte de dignité et l'ambiguïté des relations de dortoir, le tout sans aucun détour.

Et au milieu de ce chaos où l'intimité est forcée et l'humiliation permanente, survient un fait miraculeux : la rencontre de deux désirs. Alors que Tom est l'objet de toutes les attentions de Douglas, c'est Danny l'anglais qui lui inspire de forts sentiments, mais dans un contexte où la violence est latente et prête à exploser, il convient de refouler son désir en attendant la libération – au sens propre.
C'est donc avec un réalisme cru que l'auteur nous raconte le quotidien des prisonniers dans le camp où s'est reconstitué un semblant de hiérarchie entre gradés militaires, où les communautés (et les tensions) se forment, où l'on survit à coups de petits trafics et au gré de la distribution des colis de la Croix Rouge.

Mais c'est surtout un récit sur le trouble, le désir, et les vaines tentatives de s'en défendre, réservant de très belles pages d'espérance comme cette scène où chaque prisonnier garde le silence pour mieux entendre chanter un rossignol.

Les trilles s'élèvent, à une note de l'intelligible, et, sans qu'il ait besoin de s'époumoner comme un chanteur ni de pincer des cordes comme un musicien, se déversent aussi profusément que la lumière lunaire, naturellement, sur les collines, les églises, les chapelles ou le ramassis de pauvres types que nous sommes.

 

{Paradis Amer, Tatamkhulu AFRIKA, Presses de la Cité}

 

 Merci à Babelio et aux Presses de la Cité 

 

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