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Deux femmes, un homme. Amour, rupture(s), trahison, vengeance. Une histoire classique ? Difficile de l'être lorsqu'elle concerne trois des plus grands monstres sacrés du cinéma de l'après-guerre.
La fine et lumineuse Ingrid Bergman s'ennuye dans son Hollywood d'opérette, et envoie sur un coup de coeur et de tête une lettre au réalisateur italien Roberto Rossellini, lui confiant son envie de tourner sous sa direction. Le Maître, tout auréolé de la gloire que lui valent "Rome, Ville Ouverte" et "Païsa", où il a dirigé sa volcanique maîtresse, Anna Magnani, se lance alors dans un projet fou comme on se lance dans une aventure amoureuse. Mais La Magnani ne va pas se laisser négliger aussi facilement.

Deux femmes aussi différentes qu'on puisse l'être, l'une sauvage, excessive, sans fards, incarnation vivante de la souffrance sur grand écran, l'autre blonde et lisse, "Trop prévisible. Trop froide. Trop suédoise". Hollywood vs le cinéma néoréaliste italien.
Entre les deux, un réalisateur de génie, mais dont le portrait dressé au fil des pages est tout sauf flatteur : provocateur, schizophrène, mythomane, volage, lâche, plagiaire..., embarqué dans "ce projet dément où une star hollywoodienne s'en irait au trou du cul du monde pour tourner sous les ordres d'un Italien qui n'avait jamais écrit un seul scénario de sa vie". Le trou du cul en question se trouve donc à Stromboli, une île volcanique, dépourvue d'électricité, envahie par les mouches et écrasée de chaleur. Un paysage de rêve pour la bataille. Car à quelques kilomètres à peine de là, un autre volcan, un autre film, une autre actrice et un autre réalisateur s'engagent dans un contre-projet : ce sera "Vulcano".

Images diverses 

Bergman / Magnani par Richard Avedon

Situation absurde, tournages en concurrence, rivalité d'actrices (qui finalement ne se rencontreront jamais, ne faisant que se "frôler")... Intéressant de suivre le récit des problèmes de financement de films à cette époque, de la place de la presse à scandale à une époque où n'existaient encore ni le terme de paparazzi ni celui de jet set, ou encore de situations cocasses comme cette scène où l'on voit fraterniser des techniciens rivaux le temps du tournage d'une scène commune aux deux films (celle d'une sanguinaire pêche aux thons). 

Le sujet passionnera forcément les cinéphiles mais intéressera aussi les autres lecteurs, tant l'écriture, vivante, fait entrer dans l'intimité de légendes du cinéma... peut-être un peu trop ? La particularité de ces monstres sacrés c'est de nous paraître intouchables, et j'éprouve un peu de difficulté à imaginer Ingrid Bergman pousser des "petits cris" à tout bout de champ, ou Rossellini se prendre des plats de spaghetti à la figure, mais cette vision très personnelle est revendiquée à mots couverts par l'auteur, citant Rosellini lui-même : "L'essentiel dans la vie (...) ce n'est pas l'exactitude, mais les libertés qu'on prenait et qui ne s'accordaient pas toujours de la vérité".

"Voilà à quoi je ne me résigne pas, ne pas vivre". Ces mots feraient l'effet d'une bombe sur leur maison, elle le savait, mais pour s'en aller, il fallait parfois tout détruire. 

 

{L'Année des Volcans, François-Guillaume LORRAIN, Flammarion}

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Un grand MERCI à Babelio et à Flammarion pour cette découverte !