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Le soir du Nouvel An, Floki annonce avec un brin de désinvolture à sa femme Maria qu'il la quitte pour un homme, un collègue de travail avec qui il entretient une relation depuis longtemps déjà.

L'auteure est reconnue désormais (grâce à "Rosa Candida" et "L'embellie") pour écrire avec infiniment de délicatesse, mais ici j'ai trouvé que pour cette histoire en particulier, la réaction de Maria confinait à la grande passivité. Est-ce qu'elle ne devrait pas davantage se battre et exiger des explications, alors que son mari se met en ménage dans la rue d'à côté, et vient tranquillement chercher ses affaires comme si de rien n'était, ou presque ? Certes, elle cherche à comprendre comment elle n'a pu s'apercevoir avant que son mari était homosexuel, des situations lui reviennent en tête, une foule d'indices qui à nous lecteurs paraissent plutôt évidents, au moins pour prouver un adultère. Le personnage de Maria en devient quelque peu naïf et énervant. Le fait que son mari soit spécialiste de la théorie du chaos, et elle travaillant dans l'humanitaire, alourdit un peu plus la symbolique de l'entreprise.

J'ai aimé en revanche la description de sa tendre relation avec ses jumeaux, de jolies scènes de jeux dans la neige avant que la nuit ne tombe, et celle qui s'esquisse sur la fin de l'ouvrage avec un autre enfant... Alors, l'écriture devient aussi douce et lumineuse qu'un paysage enneigé, décrivant à merveille l'atmosphère particulière de ce pays où la nuit est si longue.
L'histoire qui vient se surajouter de l'apparition soudaine (et disparition tout aussi brusque) de son père naturel n'apporte pas grand chose, si ce n'est à surcharger une histoire déjà complexe sur le thème de la dualité et des secrets de famille.
Finalement, le début de l'histoire se lit passionnément, puis fait du surplace (surtout avec les apparitions incessantes et bavardes d'une voisine envahissante qui commente (ou reprend à son profit) l'action - et aura d'ailleurs le (très joli) dernier mot du roman -, de sorte qu'à mi-chemin je me suis surprise à réellement m'ennuyer et avoir du mal à reprendre ma lecture.

Les gens refusent de regarder en face ce monde truffé d'éclats de verre et d'admettre qu'une souffrance profonde aiguise la perception et donne de la valeur à l'existence.

Une fois, ça m'a pris sept mois pour trouver le mot juste, dit-elle. C'est incroyable les crises existentielles que 26 lettres peuvent engendrer. Aimer et buter font tous les deux cinq lettres.

 

{L'Exception, Audur AVA OLAFSDOTTIR, Zulma}

 

 Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2015