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1936. Alors que Thomas Mann passe des vacances en famille en Suisse, son pays s'effondre dans le nazisme, rendant impossible son retour. Poussé par ses proches, il doit prendre la "décision" de rendre publique la condamnation du régime, acte qui aura de graves conséquences pour lui.

En réalité, au moment où le livre commence, la décision dont il est question est déjà prise, et il reste trois jours à Thomas Mann, entre le dépôt de sa lettre et sa publication, pour réfléchir à ses possibles conséquences... et être assailli par les doutes.
On peut se demander pourquoi le grand homme semble tergiverser à condamner la bête immonde, alors même que plusieurs membres de sa famille se sont déjà engagés dans le combat contre le fascisme, et qu'on attend de lui, Prix Nobel de Littérature qui a déjà publié ses plus grands chefs d'oeuvre, une prise de position claire. Il sait que sa lettre va provoquer une déflagration, et qu'il deviendra à tout jamais l'ennemi de sa patrie. Comment se résoudre à renoncer à son pays, à son passé ?
Mais l'hésitation n'est pas tant à chercher du côté de l'engagement politique, et c'est là que le roman est réussi : l'auteur y décrit la détresse d'un homme vieillissant qui n'aspire plus qu'au calme et se voit contraint d'abandonner son confort, ses chères habitudes, ses travaux en cours et certainement ses lauriers. Portrait d'un très grand écrivain las qui voudrait, en somme, qu'on le laisse tranquille, et qui se scandalise surtout de s'être fait spolier tous ses biens, de ne pouvoir jamais retrouver ses manuscrits laissés en Allemagne et qui, légitimement, craint pour la sécurité de ses proches.
C'est donc un très réussi premier roman, où la mélancolie est omniprésente.

D'ailleurs, qu'est-ce que c'est, un chez-soi ? un pays, un endroit, un souvenir ?

Des photos de mariages et de baptêmes, d'anniversaires et de remises de prix. Des moments heureux, radieux. mais la vraie vie se déroule dans les intervalles et ne figure sur aucune photo.

{La décision, Britta BOHLER, Stock}