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Que rajouter à ce qui a déjà été amplement dit à propos de cette très belle bande dessinée - primée à Angoulême ? Un rappel, d'abord, de l'incroyable histoire : Louise et Paul se rencontrent dans une guinguette (ambiance Casque d'Or), s'aiment, se marient. La première Guerre Mondiale vient les séparer. La page devient noire, le dessin se fait cru, la violence des tranchées nous saute à la gueule. Pour échapper à cet enfer, Paul décide de déserter. Contraint de rester caché pour échapper à la peine capitale, la solution pour échapper à son enfermement serait de changer d'identité...

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On assiste donc à la lente transformation de Paul en Suzanne, à son apprentissage de la féminité par petites touches, aidé en cela par son épouse - comme le suggère joliment la couverture -, mais l'élève va vite dépasser la maîtresse, et s'engager totalement dans une double vie. Lorsque les déserteurs sont amnistiés et que le retour à la vie normale devient enfin possible, il est déjà trop tard, la folie a fait son nid et la tragédie couve (époque Violette Nozière). Chloé Cruchaudet (auteur de la série "Ida") s'est librement inspirée d'un essai, "La Garçonne et l'Assassin" et restitue avec grand talent à la fois la problématique de la confusion des genres, mais aussi toute une époque et les traumas inextinguibles de la grande guerre en nous faisant pénétrer dans l'intimité de ce couple hors normes. 

Le dessin restitue à merveille l'expression des visages, en extase ou en souffrance, et des corps, sans cesse en mouvement, tempête sous les crânes et agitation des corps métamorphosés, malmenés, blessés, triturés, exposés. La couleur aussi revêt tout son importance symbolique, toute une belle palette de gris réhaussée par un rouge réservé à la féminité ou au sang, en plus d'une, oh, très légère touche de bleu patriotique.... Liberté, Egalité, Féminité

 

{Mauvais Genre, Chloé CRUCHAUDET, Delcourt/Mirages}

Lu dans le cadre de l'opération "La BD fait son Festival" organisée par Price Minister-Rakuten.