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Plus tu attends d'un livre, plus tu piétines d'impatience avant de l'avoir entre tes mains et plus grand est le risque de déception. J'ai sans doute attendu trop longtemps avant de pouvoir lire le nouveau Delphine de Vigan que j'avais pourtant repéré bien avant sa sortie, avec la sensation de le lire après tout le monde. Je l'ai dévoré, mais pas forcément hélas pour les bonnes raisons.

Est-ce utile de rappeler que la narratrice est une romancière qui ressemble comme deux gouttes d'eau à l'auteure, qui vient de connaître un immense succès avec son dernier ouvrage, succès qui l'a d'autant plus dépassée que l'histoire était infiniment personnelle. La voici qui se retrouve dans cet entre deux livres, attendue au tournant, sommée de faire au moins aussi bien, en proie au doute et fragilisée par la rancune familiale.
C'est là qu'apparaît L. L. qui entre dans sa vie et, peu à peu, telle un serpent s'enroulant autour de sa victime s'immisce, s'impose, s'incruste.

Les références au Misery de Stephen King sont évidentes et assumées. S'installe entre les deux femmes ce processus pervers du "je t'aime - moi non plus", manipulation d'un côté et soumission passive de l'autre. L. vampirise, exige, devient péremptoire quant au travail d'écriture, prétendant savoir quoi écrire et comment, au nom d'une prétendue sacro-sainte obligation de répondre aux attentes des lecteurs. En état de faiblesse, Delphine se retrouve isolée - étonnant d'ailleurs que les proches ne s'inquiètent pas davantage - tout en prétendant maîtriser la situation. Bien sûr on finira par atteindre le non retour. 

La mise en abyme aurait pu être réussie si la confusion volontaire (Qui est L. ? Qui est Delphine ? Est-ce vraiment arrivé ?) était maîtrisée jusqu'au bout. Mais (et c'est la raison pour laquelle je l'ai lu très vite) on attend un dénouement, un coup de théâtre, bref quelque chose qui ne vient jamais. La réflexion sur le travail d'écriture (et la part de réel dans un roman) est intéressante mais répétitive, terriblement répétitive. Au final j'ai été troublée oui, par les thèmes abordés, mais pas du tout convaincue.

Peut-être était-ce d'ailleurs cela, une rencontre, qu'elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent.

 

{D'Après une Histoire Vraie, Delphine de VIGAN, J.C.Lattès}